Proust et Le Miroir des Eaux

Proust et Le Miroir des Eaux

Par Armelle Barguillet-Hauteloire

 

Proust et le Miroir des Eaux (DeParis 2006) montre clairement le rôle important de l’eau dans le roman de Proust, A la Recherche du Temps Perdu. L’évidence est massive, tirée de tous les parties de l’œuvre, surtout de Du Coté de Chez Swann où Proust évoque la signification symbolique de la rivière Yvonne à Combray (voir le Loir à Illiers). Mais aussi c’est tirée d’ Àl’Ombre des Jeune Filles en Fleurs ou l’immense force de la mer, et sa mutabilité, sont décrits à beaucoup de reprises. Et dans Sodome et Gomorrhe encore, avec la description de Venise. Armelle Bargullet-Hauteloire reussit à me convaincre: l’eau prend un grand rôle métaphorique dans le roman.

Le récit, court bien sûr mais pas superficiel, en approfondant les liens entre l’eau et la pensée de Proust, range sur beaucoup de thèmes proustiennes, au-delà de l’eau, et mon commentaire concerne un détail de son œuvre, qui n’a pas un grand effet sur son argument sur l’eau.

Un des thèmes proustiennes qu’elle discute est l’inversion sexuelle. Pourquoi Proust parlait-il si franchement sur l’inversion sexuelle dans la Recherche? Selon elle, ça revient de son honte d’être homosexuel lui-même, surtout à cause de son intense amour pour sa mère. Je n’ai pas une raison claire d’en douter, mais j’ai cru avant que Proust a caché son homosexualité, où à moins il a montré son héros comme un homme qui aime les femmes et surtout un homme qui a une horreur de lesbianisme, non parce qu’il avait honte d’être homosexuel, mais par prudence vis-à-vis ces lecteurs. Mon idée vient du fait que j’ai lu quelque part qu’il a averti un éditeur sur le caractère de Charlus. Charlus quand même est décrit avec tendresse, même avec indulgence, par exemple dans la scène fameuse dans la rue devant le magasin de Jupien, quand le jeune héros reconnait finalement le caractère féminin de Charlus. Certes, plus tard Charlus est montré dans les actes masochistes. Mais là quand même sans condamnation de la part du héros, qui se dit plusieurs fois qu’il ne condamne personne. C’est comme si il a voulu dévoiler le fait que l’inverti est humain aussi, mais qu’il n’osait pas admettre publiquement qu’il en soit. Aujourd’hui, les gais en général dans notre culture ne sont pas honteux, ce qui montre que le fait d’être gai n’est pas une faute de caractère morale, même si la majorité des hommes et des femmes s’aiment les uns les autres. Dans la société de la France du 19eme, c’était sans doute différent. Certes, les gais étaient forcés de rester cachés, « dans le placard » comme on dit. La morale chrétienne était puissante en France dans le 19eme et restait encore en Amérique jusqu’à nos jours. Alors je dois admettre que sans doute Proust et les gais chrétiens du 19eme ont souffert d’un sens d’immoralité en découvrant leur identité sexuelle. Le fait que Proust les décrit comme membres d’une race à part donne force à cet argument. Là les pensées ont changé depuis le temps de Proust. (J’ajoute que Proust a montré son héros comme un espion pour expliquer pourquoi il ait connaissance des mœurs sexuelles de Charlus et du Prince de Guermantes. C’est évidemment parce qu’il n’osait pas publier que cette connaissance soit personnelle. Ironiquement il a préféré nuire le caractère de son héros plutôt de se compromettre en écrit).

Voilà comme Armelle Barguillet-Hauteloire a écrit un livre plein de raison et de beauté. Elle m’a persuadé avec beaucoup d’évidence, dans un style littéraire, proustien.

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